30.04.2009

BLANC ET POURPRE


NOUVEAU

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Les Editions Petit à Petit m'offrent l’occasion de vous dévoiler les coulisses de la création de
«Blanc, les 4 vies d’Aya» et «Pourpre, les 4 vies de Kintaro»

Vous pourrez suivre, semaine après semaine,
l’évolution de ces deux albums destinés aux ADOS à paraître le 24 septembre 2009.

Les illustrateurs vous dévoilent leurs recherches graphiques et des bribes d’illustrations.
Pour ma part, j’ expliquerais au fil du temps, comment sont nés ces deux livres.

Pour suivre cette aventure, rendez vous sur :
http://blancetpourpre.over-blog.fr/

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Février 2004 : L'HISTOIRE D'UNE RENCONTRE...


Bordeaux, février 2004, une rencontre, un peu magique, avec une toute jeune illustratrice, Magali Fournier. Travailler avec moi sur projet d’album, elle en rêve mais n’ose vraiment en parler. Au fil des mois, en lisant entre les lignes, je perçois son envie.
Elle finie pas me contacter. « Rêves-tu d’un sujet en particulier ? ». Sa réponse ne se fait pas attendre « Le Japon, ou l’Indochine ! ».
Elle me parle de ses grands-parents qui ont vécu là-bas et m’envoie
des photos. Elle a des images dans la tête et rêve de leur rendre
un joli hommage. Son envie, que je lui écrive un texte…

Alors va pour le Japon !

Je ne connais de cette culture que les délicieux sushis du restaurant « Le Kyoto » où je vais de manger temps en temps. Autant dire, rien. Il me faut donc apprendre, lire et rechercher afin de découvrir l’histoire de ce pays.

Au fil des mois, ma bibliothèque prend de l’épaisseur. J’ingurgite des dizaines d’ouvrages historiques, admire des estampes, découvre la littérature japonaise et tombe peu à peu sous le charme des traditions riches et complexes de ce pays du soleil levant.

J’alterne durant plusieurs mois mes découvertes sur le Japon et l’écriture de différents albums et romans sur le feu qu’attendent mes éditeurs.

Mai 2006. Je contacte Magali. « Je vais commencer à écrire le scénario d’un roman dont l’action se déroulera au Japon. Il faudra encore être patiente, je ne veux pas écrire un texte court ». Elle s’étonne. « Je veux que l’on crée un roman entièrement illustré à destination des grands adolescents ».

Je veux écrire un texte sur-mesure pour cette illustratrice au talent exceptionnel. Sa technique, sa sensibilité, la finesse et l’élégance de ses dessins méritent plus de 40 pages. Il lui en faut 100, voir plus. Elle tiendra la route, se révélera tout au long de cet ouvrage, j’en suis convaincue.

Je m’enferme dans ma bulle durant de longues semaines, de longs mois avec l’espoir de trouver un concept nouveau. Je tourne autour de plusieurs pistes, échafaude des plans. Pas un jour sans que le Japon ne m’obsède, ne m’empêche de dormir. Je me couche, puis me relève, je prends des notes. Je cherche des prénoms, étudie chaque quartier de Tokyo et Kyoto, leurs coutumes, leurs fêtes, leurs climats. J’achète des cartes, compare les époques, les tenues, la vie quotidienne. Souvent dans les trains pour me rendre en salon ou interventions scolaire, je bouquine encore et encore.

Juin 2007, l’étincelle. « Allô, Magali ? », « Oui », « Je tiens ton histoire ».
Toute la trame s’est dessinée dans mon esprit en une heure. Plus d’une année de réflexion et soudain, magie de la création, tout s’est imbriqué d’un seul coup alors que je commençais à perdre espoir.
« À quelle époque se situera l’histoire ? me demande t-elle ». « Edo. Fin de la période Edo ».

Magali m’annonce aussitôt qu’elle va débuter ses recherches, rassembler un maximum d’éléments sur la période, tissus, cadres de vie,… Nous nous assurons de partager toutes nos trouvailles pour être en phase.
Des dizaines de dossiers transiteront bientôt dans nos boîtes mails. Une pluie d’informations et de détails précieux que nous archivons en vue de la création de notre album, de son premier album.

Les semaines s’écoulent, j’affine mon scénario et pourtant quelque chose me chagrine. Il manque un concept fort et plus audacieux derrière ce livre. Je me remets en question, cherche la faille. Mon histoire se tient, les ingrédients sont là, mais…


Début 2007, le temps des recherches et du doute...

Des jours que je tourne dans mon esprit l’histoire de mon livre. Je ne suis pas satisfaite. Il manque un élément fort. Assise devant mon bureau couvert de papiers griffonnés, je lis et relis mes notes. Le sentiment d’être dans une impasse me désarçonne. Il me faut tout reprendre depuis le début, réorganiser la vie de mes héros, leurs lieux de vie, leurs actions. Je relis mes documents historiques, potasse mes livres sur le Japon d’hier et d’aujourd’hui, fais des allers et retours entre les trois bibliothèques de ma ville, prends le train direction la maison du Japon à Paris, interroge des Japonais afin d’affiner certains détails.
Les semaines passent…

Août 2007, « Magali, tu as 5 minutes à m’accorder ? ». Je lui explique que j’ai revu l’histoire depuis le début. Elle m’écoute, puis acquiesce, l’histoire lui convient. « Ca ne s’arrête pas là Magali, je pense écrire un deuxième album en contrepoint. Magali s’inquiète. « Mais ça te fait deux livres à écrire ! ».
Je lui explique alors mon idée : deux héros aux destins ordinaires et pourtant tragiques. Je lui raconte que ces deux livres n’auront pas de chapitre, qu’ils seront construits d’une manière inattendue. Que je veux prouver aux adolescents que les albums peuvent être faits pour eux et précise : « J’aimerais qu’un homme illustre le deuxième livre. J’ai pensé à Yann Hamonic ». Magali est aux anges.

Suite à notre aventure autour de L’horizon bleu en 2002, je souhaitais vivement retravailler avec Yann Hamonic. Mais l’opportunité d’une nouvelle collaboration ne s’était pas présentée jusqu’alors.
Je le contacte et lui explique mon projet, le concept, lui raconte l’histoire. Sa réponse est immédiate « Oui ».
Je lui demande des croquis, quelques recherches, j’ai envie de voir dans quelle direction il va travailler. Il accepte (merci Yann)

De longues semaines d’attentes commencent pour moi… Isolée de mes illustrateurs, je me plonge dans mon texte, mes livres, mes cartes et photos.

Nous étions fin octobre 2007, la grande aventure venait de commencer.

Laborieuses recherches

Le Japon, tout le monde connaît.
Les geishas, tout le monde connaît également.
Les maikos, ça se complique un peu...
Et les geckos ? Gecko… là, on s’interroge...
Une gecko est une geisha de Kyoto. Vous voilà renseignés.
Mais, qui sait comment se déplace une gecko quand elle danse ? Qui connaît la différence entre la danse traditionnelle japonaise et la danse classique française ? Pourquoi les japonaises ont le regard figé et ne bouge presque pas la tête quand elles dansent ? Pourquoi semblent-t-elles glisser, voir survoler le sol ?
Elles sont idiotes mes questions, oui, peut-être… mais à première vue seulement.

L’écriture de « Blanc » s’annonça rapidement être un parcours du combattant. À chaque idée nouvelle traversant mon esprit, manquait une précision.
J’imaginais avant t’entamer ce livre que toutes les informations seraient accessibles "facilement". Quelle erreur !
Le Japon possède une culture très riche et très dense qui a beaucoup évolué d’une décennie sur l’autre. Les différentes ères : Meiji, Edo, … ont chacune apporté leurs lots de changement. Dans chaque contrée les coutumes variaient, les croyances également, mais aussi les fêtes, les tenues, l’alimentation… Il y a donc un grand risque d’anachronismes.
Les nombreux documents historiques que j’avais acquis en appelaient toujours d’autres. La quête était sans fin.

TOUS les éléments sont importants, de la position d’une main, à une couleur portée, ou encore un aliment préparé. Je n’aime pas laisser place au hasard.
Savez-vous par exemple que le comble de l’érotisme au Japon était de dévoiler son poignet ? Que pour endurcir les mains des musiciennes, ont les plongés dans la glace ? Que l’on calculait la prestations d'une geisha au nombre  de bâtons d’encens consummés ? Que l’on revêtait des manteaux de paille en hiver et bourrait de coton ses vêtements pour avoir chaud ? Que les petits garçons étaient retirés à leur mère vers l’âge de 5/6 ans afin de les endurcir ? Qu’on leur faisait boire de la soupe rouge pour qu’ils s’habituent au sang ?

Quand les livres ne répondent pas à vos questions, il y a d’autres moyens de recherches : Internet, les témoins, les musées. Mais quand l’info attendue ne trouve pas réponse, que faire ? J’ai fini par analyser des estampes, suis entrée en contact avec une ancienne geisha qui a monté sa compagnie de danse à New York, j’ai écrit des dizaines de courriers, fais des allers/retours avec Paris, contacté l’ambassade du Japon, la Maison du Japon en France, en Suisse, visionné des documentaires, épluchés des dizaines de sites, etc.
Mais il arrivait encore que mes questions restent sans réponse.
Comment tissait-on les kimonos ? Comment étaient-ils confectionnés ? Quelle coiffure à quel âge ? Quel maquillage ? Saviez-vous par exemple que les prostituées de Tokyo avaient les lèvres peintes en vert ? Saviez-vous que les mangas existaient déjà sous le japon d’Edo ?

J’ai déchanté, j’ai ragé et faillis baisser les bras à plusieurs reprises. Il y a de quoi, non ?

Mais au printemps 2008, quatre ans après avoir entamé mes premières recherches, une fée belge m’envoya un cadeau précieux, un document original de 1939, une bible introuvable dans laquelle j’allais enfin trouver les éléments que je cherchais. Elle m’offrit également d’entrer en contact avec des personnes qui allaient, en répondant à mes questions, me permettre de poursuivre l’écriture de mon roman. (Mille mercis à elle)

Un long fleuve pas tranquille…

Le temps de l’écriture n’est pas un chemin tranquille et bucolique. Enfin pas pour moi. L’angoisse de la page blanche et les périodes de doutes se mêlent allégrement aux dernières informations manquantes qui vous donnent le sentiment de faire machine arrière.
Il arrive qu’un détail, si minime soit-il, vous gâte la vie durant des jours entiers. On rage alors d’avoir eu la foutue idée d’écrire sur fond historique. Ayant la fâcheuse tendance à stopper l’écriture au beau milieu d’une phrase s’il me manque « Le Mot » ou « Le Détail », (que peut-être personne ne verra), j’ai donc relu et réaliser de nouvelles recherches tout au long de cette création.
Un exemple : Votre personnage doit ranger son argent. Aussitôt on pense : « Il met les pièces dans sa poche, ou son porte-monnaie ». Mais au Japon d’Edo, les jeans n’existaient pas ! On ne fourrait pas ses piécettes dans sa poche, ni dans son porte-monnaie. On mettait où son argent alors ? On a envie de savoir, hein… Eh bien, vous voilà parti pour quelques heures de recherches !
Planter son décor dans un cadre précis oblige de le « connaître » un minimum.
Edo, jamais allée, Kyoto non plus d’ailleurs. Je ne pouvais faire vivre mes personnages dans des villes fantôme. Il me fallait donc découvrir les quartiers, les rues et les mentalités pour comprendre comment on y vivait.
Internet et les livres offrent un large éventail de photos et de plans qui peuvent aider.
Oui, mais… À l’époque Edo, les villes étaient-elles aussi étendues qu’aujourd’hui, aussi fortement peuplées, aussi riches ?
J’ai donc découvert au fil du temps les changements, pour ne pas dire les bouleversements, qui avaient touché la ville d’Edo en 1830, puis 1840, puis 1850…
L’arrivée d’un nouveau shogun, un tremblement de terre, un feu, l’arrivée d’un bateau étranger etc., venaient modifier tous les aspects de cette ville…
Travailler avec diverses cartes sous les yeux fut une obligation. Mais attention, des cartes d’époque évidemment !
Kyoto, Edo… mais comment voyageait-on à l’époque ? Par le Tokaïdo.
Le quoi ? Le Tokaïdo. Tiens, encore une recherche à faire !

A suivre